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Laurent Chicoineau aux commandes du Quai des Savoirs :

« Le Quai est bien plus qu'un Centre de Culture Scientifique, c'est un véritable incubateur d'innovation»

Laurent Chicoineau est le nouveau directeur du Quai des Savoirs. Longtemps directeur de la Casemate à Grenoble, il a rejoint l'équipe du Quai pour une nouvelle aventure...

Vous avez débuté votre carrière professionnelle comme journaliste scientifique pour Radio France. Quel a été votre parcours avant d'arriver au Quai des Savoirs ?

Effectivement, j'ai démarré ma carrière à Grenoble comme journaliste scientifique. Pourtant, ma formation initiale était plutôt orientée Communication et sciences sociales. À  titre personnel, j'ai toujours eu un grand intérêt pour les médias d'une part et les sciences d'autre part, et aussi la science fiction, qui met en perspective l'idée de progrès, en jouant sur ses diverses conséquences...

J'ai toujours été intéressé par la façon de mettre en forme, transmettre les contenus. Lorsque j'ai été recruté à la Casemate, premier Centre de Culture Scientifique Technique et Industrielle (CCSTI)  créé en France,  en tant que chargé de communication, j'étais très regardant sur le contenu même des expositions !

Après un court passage comme Directeur adjoint des programmes, j'ai pris la direction de la Casemate en 2002. Nous travaillions alors beaucoup comme pilotes sur des projets liés aux nanotechnologies, au numérique et à l'innovation de manière générale.

En 2012, nous avons participé au montage du Projet Inmédiats, avec Science Animation, entre autres (Partenaire du Quai des Savoirs, NDRL) sous la coordination de Cap Sciences, à Bordeaux. L'objectif était d'ouvrir les sciences et les innovations aux 15-25 ans en utilisant l'appétence qu'a cette génération pour le monde du numérique.

 

Vous avez passé beaucoup d'années à Grenoble. Qu'est-ce qui vous a attiré à Toulouse et plus particulièrement au Quai des Savoirs ?

Je n'ai pas vraiment de plan de carrière. Et contrairement aux apparences, je suis en fait très mobile, toujours curieux, à l'écoute des tendances. Pour moi, Toulouse est un peu « The Place to be » pour la culture scientifique : il y a La Cité de l'Espace, le Muséum… Il n'y a pas que les avions (rires) !

Le projet de faire de Toulouse la Métropole des Savoirs me plait beaucoup. Par ailleurs, il est particulièrement intéressant de coupler un Muséum à un centre de Culture Scientifique Technique et Industrielle. Ce dernier peut agir comme une cellule R&D du premier, en quelque sorte, tandis que le Muséum est davantage centré sur le rapport au temps, la façon dont se sont construits les savoirs scientifiques, avec une dimension patrimoniale...

 

Le terme de Culture Scientifique date de 1970, le besoin de l'époque était de créer une culture scientifique commune, sortir les scientifiques de leur centrage disciplinaire.  D'après vous, quels rôles les CCSTI ont-ils à jouer aujourd'hui dans le Monde Scientifique et auprès du grand public ?

On en est encore loin mais il est essentiel de passer d'une simple diffusion des savoirs à la participation des publics et la co-construction. C'est difficile, cela pose la question de l'autorité des savants et de la place des experts qui ont bien évidemment toujours un rôle à jouer dans notre société ; ça peut bousculer et être mal compris … Actuellement encore, quand on fait participer le public, on est encore trop dans l'idée de « faire accepter » des choix décidés par d'autres. Comme s'il y avait le monde de ceux qui savent versus celui de ceux qui ne savent pas. Pourtant, tout le monde possède des connaissances. C'est particulièrement vrai dans le domaine environnemental par exemple, ou sur les problèmes énergétiques. Je crois beaucoup aux réseaux hétérogènes, au métissage des savoirs, aux tiers-lieux qui stimulent la créativité. Et c'est cela que peuvent être les CCSTI : de vrais espaces de collaboration et de co-construction.

 

Vous avez écrit en 2016 qu'il faut repenser le modèle économique du partage des cultures scientifique technique et industrielle. Le Quai des Savoirs est-il (ou pourrait-il être) basé sur un modèle économique différent ?

Pour moi, le Quai des Savoirs n'est pas vraiment un CCSTI au sens traditionnel du terme, d'ailleurs il n'en porte pas le nom. Il est plus que ça. C'est un véritable incubateur culturel et scientifique. On y trouve des start-ups, la French Tech, La Mêlée Numérique, Sciences Animation, Planète Science, l'Université Fédérale,  le théâtre Sorano... Ce ne sont pas que des locataires, mais des coproducteurs du projet. C'est cette dynamique que je veux développer. Il faut ajouter à cela, hors les murs du Quai des savoirs, bien sûr le Muséum et des partenaires comme l'Université Fédérale,  la Cité de l'Espace, la prochaine Piste des Géants (site culturel inédit sur le berceau de l'aéronautique toulousaine ), les autres acteurs culturels et d'enseignement de la métropole, et aussi les entreprises et le milieu économique. C'est cette dynamique innovante de mutualisation, de co-construction, et de travail en réseau, qui fera du Quai des savoirs l'un des acteurs majeurs du territoire pour les années à venir...


Propos recueillis par Annabel Saint-Paul